Mercredi 16 avril 2008
Présentation de l'éditeur:

Avec les trois longues nouvelles qui composent ce recueil, Stefan Zweig nous plonge dans l'enfer de la passion, " l'enfer au fond duquel se tord, brûlé, mais éclairé par les flammes de l'abîme, l'être essentiel, la vie cachée ", écrivait Romain Rolland dans sa préface enthousiaste à la première édition française.

Dans " Amok ", peut-être la plus célèbre des trois, un jeune médecin raconte comment, dans la jungle malaise, sa vie a basculé en quelques instants, comment une jeune femme jusque-là inconnue a déchaîné en lui l'amour et la folie.

" Lettre d'une inconnue ", un des textes les plus déchirants qui soient, souvent adapté au théâtre, est la confession, à la veille de sa mort, d'une femme à un homme qu'elle a aimé toute sa vie et qui ne l'a jamais vraiment " vue ", jamais vraiment regardée.

" La ruelle au clair de lune " nous entraîne jusqu'au plus profond de l'humiliation où la passion - toujours elle - peut parfois faire tomber l'être humain.



Un recueil de nouvelles inégales. J'ai beaucoup apprécié "Amok" qui nous entraîne sous des latitudes ou l'atmosphère étouffante pousse les hommes à  la folie. Grâce à  la mise en abîme, le médecin qui, par orgueil, a commis une faute, est montré sous un autre jour. En racontant son histoire a un inconnu, il est capable d'analyser ses émotions. Zweig dresse ici un beau portrait psychologique.


La deuxième nouvelle qui, semble-t-il, soit l'une des plus appréciées de l'auteur, ne m'a pas convaincue. 
L'idee est pourtant superbe. Dans une longue lettre à l'homme de sa vie, une jeune femme confesse l'amour qu'elle lui voue depuis tant d'années. Toutes les stratégies, les efforts deployés pour attirer son attention, les longues heures à  attendre un signe...
Tout cela est malheureusement gâché par une écriture pathétique. La compassion que j'avais initialement ressentie pour cette femme s'est donc vite transformée en pitié.
Bien qu'ayant absolument exécré la tonalité de cette nouvelle, l'histoire n'en reste pas moins magique.


Ce recueil m'aura permis de découvrir l'immense talent de conteur de Zweig. Quand l'écriture se fait art, c'est beau à voir (et à lire!).


par Caroline publié dans : Littérature étrangère
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Vendredi 11 avril 2008
4ème de couverture par Francois Mauriac


« Ce que j'affirme, c'est que ce témoignage qui vient après tant d'autres et qui décrit une abomination dont nous pourrions croire que plus rien ne nous demeure inconnu, est cependant différent, singulier, unique... L'enfant qui nous raconte ici son histoire était un élu de Dieu. Il ne vivait, depuis l’éveil de sa conscience, que pour Dieu, nourri du Talmud, ambitieux d’être initié à la Kabbale, voué à l’Eternel. Avions-nous jamais pensé à cette conséquence d’une horreur moins visible, moins frappante que d’autres abominations, – la pire de toutes, pourtant, pour nous qui possédons la foi : la mort de Dieu dans cette âme d’enfant qui découvre d’un seul coup le mal absolu ? »


Elie Wiesel a été déporté à Auschwitz à l'âge de 15 ans avec son père, sa mère et sa petite soeur. La nuit, son oeuvre phare, raconte cette expérience, depuis le départ de leur ghetto en Roumanie jusqu'à la Libération.


Le témoignage d'Elie Wiesel est moins détaché que celui de
Primo Levi et offre donc une perspective quelque peu différente.


" Il faisait jour quand je m'éveillai. Je me rappelai alors que j'avais un père. Lors de l'alerte, j'avais suivi la cohue sans m'occuper de lui. Je savais qu'il était à bout de forces, au bord de l'agonie et pourtant je l'avais abandonné .
Je partis à
sa recherche.
Mais au même moment s'éveilla en moi cette pensée: "Pourvu que je ne le trouve pas! Si je pouvais être débarrassé  de ce poids mort, de facon à pouvoir lutter de toutes mes forces pour ma propre survie, à
ne plus m'occuper que de moi-même".


Le témoignage de ce tout jeune homme est poignant. A travers ses yeux, nous découvrons l'univers concentrationnaire: son organisation, son fonctionnement, son économie, son marché parallèle. Mais par-dessus tout comment cette énorme machine détruit toute forme d'humanité chez ceux qu'elle détient. Ainsi en quelques jours, on ne pense déjà plus à ces mères, ces femmes, ces soeurs pour qui le voyage s'est terminé dans une chambre a gaz.

Dans ce monde confiné ou l'individualité n'a plus sa place, tous les personnages rencontres par Wiesel sont des morts-vivants. Lui-même explique magnifiquement ce phénomène à la fin du livre:

"Trois jours après la libération de Buchenwald, je tombai très malade: un empoisonnement. Je fus transféré a l'hôpital et passai deux semaines entre la vie et la mort.
Un jour je pus me lever, après avoir rassemblé toutes mes forces. Je voulais me voir dans le miroir qui etait suspendu au mur d'en face. Je ne m'étais plus vu depuis le ghetto.
Du fond du miroir, un cadavre me contemplait.
Son regard dans mes yeux ne me quitte plus."
 

Une lecture éprouvante mais magnifique.







A lire aussi:

-
Entretien avec Elie Wiesel

- Sur le même sujet, Si c'est un homme de Primo Levi
par Caroline publié dans : Littérature étrangère
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